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veille scientifique

Veille scientifique sur l’alimentation #1

Aujourd'hui j'introduis une nouvelle rubrique. Il s'agit de bulletins de veille scientifique sur un sujet en particulier. En général, ils seront produits par d'autres personnes ou d'autres institutions et non par Kreyonomi. Je me contenterai de les relayer. Je crois que ces synthèses peuvent aider à rester informé.e sur les derniers développements en économie ou en alimentation. Dans le temps, je partageais sur Twitter les résultats des veilles scientifiques que je tenais. Aujourd'hui je reprends l'idée ici, directement sur le blog. Je commence avec cette excellente veille (sur une base mensuelle, je crois) en alimentation tenue par le Centre d'études et de prospective en partenariat avec le Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation en France. Ceci est le tout dernier bulletin, il vient juste d'être publié. Je vous encourage aussi à vous abonner directement sur le site si cela vous intéresse. 

« Bonjour,

Veuillez trouver ci-dessous la lettre du blog de veille du Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.
Vous trouverez également cette lettre de veille au format PDF (avec liens actifs) en pièce jointe.

Vous en souhaitant bonne lecture, et bien cordialement,

Julia Gassie (cheffe du bureau), Nathalie Kakpo (chargée de mission)
Bureau de la veille
Centre d’études et de prospective

NB : La veille du CEP est une activité de sélection d’informations extérieures au ministère, réalisée à partir de nombreuses sources de différentes natures (médias, institutions nationales et internationales, think tanks, instituts de recherche, etc.). Il ne s’agit pas de productions du ministère et les informations sélectionnées ne présentent pas la position de celui-ci.


Impact négatif de la déforestation sur la culture du maïs dans le Cerrado

Une étude publiée le 29 juin 2020 dans la revue Nature Sustainability met en évidence que la déforestation dans le Cerrado, second biome brésilien le plus important en surface, conduit à une baisse des rendements de la culture de maïs.

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L’utilisation intensive de mélanges d’herbicides peut provoquer l’apparition de résistances générales chez les plantes adventices

Un article publié par une équipe anglaise dans la revue Nature se penche sur le problème des résistances spécifiques (à un herbicide) et générales (à plusieurs herbicides aux modes d’action différents) développées par les adventices.

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Les écosystèmes anthropisés sont plus riches en espèces hôtes de pathogènes que les écosystèmes naturels

Un article paru en août dans la revue Nature s’intéresse à l’anthropisation des écosystèmes et à ses effets potentiels sur les espèces hôtes de pathogènes et sur le risque associé de zoonoses.

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Les sentinelles des pandémies, Frédéric Keck

Paru en juin 2020, à la suite d’une première version en anglais publiée six mois plus tôt, l’ouvrage Les sentinelles des pandémies s’inscrit dans les travaux sur la biosécurité, dont l’objet est la préparation aux pandémies.

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Prévenir une prochaine pandémie en bloquant les zoonoses

Considérant que la pandémie de Covid-19 est d’origine zoonotique, comme 75 % des maladies émergentes, le Programme des Nations unies pour l’environnement et l’Institut international de recherche sur l’élevage ont publié en juillet 2020 un rapport incitant à prévenir un prochain épisode, en brisant la chaîne de transmission selon une approche One health.

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Étudier finement la structure des marchés d’alimentation pour répondre aux objectifs de développement durable

Dans un rapport publié en juin 2020, l’Agence française de développement se penche sur les caractéristiques des infrastructures physiques et institutionnelles d’approvisionnement et de distribution alimentaires.

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Une estimation des conséquences économiques des sécheresses sur le secteur agroalimentaire italien

Dans un article publié dans la revue Land Use Policy, une équipe du Centre commun de recherche propose une modélisation rétrospective visant à estimer les conséquences économiques des sécheresses survenues entre 2001 et 2016 en Italie.

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Relocalisation des chaînes globales de valeur et propagation des risques économiques : premiers enseignements du modèle d’équilibre général METRO de l’OCDE

La pandémie de Covid-19 a été marquée par une certaine désorganisation des chaînes globales de valeur et a relancé le débat sur l’opportunité d’une relocalisation de la production, hypothèse étudiée dans une publication récente de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

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L’évolution des activités agricole, sylvicole, aquacole et halieutique est-elle soutenable en matière énergétique ?

Analyser l’agriculture, l’aquaculture, la pêche et la forêt comme un système énergétique, obéissant aux lois de la thermodynamique, est un moyen intéressant d’étudier la durabilité des évolutions globales. C’est le parti pris d’un article récent de Biophysical economics and sustainability.

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Comment améliorer la durabilité des élevages aquacoles ?

Au niveau mondial, l’aquaculture produit de nos jours plus de biomasse que l’élevage bovin, mais cette production a des effets négatifs pour l’environnement. En juin 2020, des chercheurs ont publié, dans la revue World Aquaculture Society, un article sur les leviers d’amélioration de sa durabilité.

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Biais thématiques et spatiaux de la littérature scientifique sur la sécurité alimentaire

Dans son numéro de septembre 2020, la revue Global Food Security présente les enseignements d’une étude de la littérature scientifique traitant de la « sécurité alimentaire ».

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Les pôles de compétitivité : quels résultats depuis 2005 ?

En août 2020, France Stratégie a publié une étude, réalisée par EuroLIO Technopolis, des impacts économiques et territoriaux des pôles de compétitivité depuis leur mise en place en 2005. Une note de synthèse, rédigée avec la contribution de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), en valorise les résultats.

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Le CEDRSSA, Centre d’études de la Chambre des députés du Mexique

Le Centro de Estudios para el Desarrollo Rural Sustentable y la Soberanía Alimentaria (CEDRSSA), créé en 2004, a pour missions l’appui aux travaux législatifs sur le monde rural ainsi que le suivi budgétaire des programmes portés par le Secrétariat de l’agriculture et du développement rural.

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Le recensement agricole 2020 en Espagne

Le numéro de juillet 2020 de la revue Índice est consacré aux nouveautés de la version 2020 du recensement agricole espagnol, notamment en matière de consolidation, de standardisation et de gestion des bases de données utilisées.

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Une analyse de la financiarisation des firmes agricoles latino-américaines

Dans un article publié dans la revue Globalizations, des chercheurs analysent les transformations de deux firmes agricoles sud-américaines, afin de montrer comment l’afflux de capitaux financiers, dans les années 2000, a impacté leur fonctionnement.

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En forêt, les dégâts causés aux jeunes arbres ne dépendent pas uniquement de la densité des ongulés

C’est la conclusion à laquelle est parvenue une équipe de chercheurs suisses, à partir de l’analyse des données d’abroutissement des pousses terminales de jeunes arbres (ayant d’importantes répercussions sur leur croissance future), dans 49 zones suivies pendant au moins 10 ans.

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Cartographie des risques structurels pour l’Union européenne

Fin juillet 2020, le service de la recherche du Parlement européen a publié une analyse des risques structurels, pour la prochaine décennie, à l’échelle de l’Union.

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Méthodes d’ovosexage des poussins : état des lieux des avancées récentes

L’annonce par les ministres de l’agriculture français et allemand de l’interdiction de l’élimination des poussins mâles de souche ponte, d’ici fin 2021, relance l’intérêt pour les méthodes de détermination du sexe des poussins avant éclosion. Elles sont présentées dans un récent article de l’Institut technique de l’aviculture (ITAVI).

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L’agriculture et l’aquaculture, premières causes de déforestation des mangroves dans le monde

Dans un article de juin 2020 publié dans Global Change Biology, le traitement d’images satellitaires par des méthodes d’apprentissage automatique (machine learning) montre que les activités humaines sont responsables, au niveau mondial, de 62 % de la déforestation des mangroves entre 2000 et 2016.

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L’Italie, un acteur de poids au sein du comité de l’agriculture du Parlement européen

S’appuyant sur une méthode empruntant à la théorie des jeux, des chercheurs hongrois ont mis en évidence le pouvoir d’influence de certains membres du précédent comité de l’agriculture du Parlement européen (2014-2019).

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La surface de forêts exploitée aurait augmenté de 49 % depuis 2015 dans l’Union européenne

Des chercheurs du Centre commun de recherche de l’Union européenne ont analysé, dans un article de la revue Nature publié en juillet, l’évolution de la surface de forêts récoltée, entre 2004 et 2018, dans 26 États membres.

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Rapport 2020 de la FAO sur l’état de la sécurité alimentaire dans le monde : les coûts cachés des « régimes non sains »

Le rapport 2020 sur la sécurité alimentaire dans le monde confirme une dégradation récente de la situation : 690 millions de personnes sont touchées par la faim (10 millions de plus que l’an passé) et 2 milliards sont en situation d’insécurité alimentaire modérée à grave.

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Lactalis, la construction d’un géant du lait

Dans la revue Histoire et sociétés rurales, A. Chatriot (EHESS) retrace l’évolution du groupe Besnier, né à Laval dans les années 1930, et devenu Lactalis en 1999.

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Technologies clés et brevets de « classe mondiale »

En juin 2020, la fondation Bertelsmann a publié une analyse des brevets déposés, au niveau mondial, de 2000 à 2019.

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Un état des lieux des groupements d’établissements de soins vétérinaires

Une série de quatre articles parus de février à juin 2020 dans La Dépêche Technique documente la consolidation des établissements de soins vétérinaires au sein de grands groupes privés.

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L’UICN publie un standard mondial pour les « Solutions fondées sur la Nature »

Dans un contexte de montée en puissance des « Solutions fondées sur la Nature », pour répondre aux crises provoquées par le changement climatique et les pertes de biodiversité, l’Union internationale pour la conservation de la nature publie, quatre ans après la première proposition de définition internationale, un cadre pour leurs vérification, conception et développement à plus grande échelle.

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Estimation du service rendu par un portail gouvernemental agricole : l’exemple de la Grèce

Un test grandeur nature du nouveau portail gouvernemental grec AgroGOV, destiné aux agriculteurs, a permis d’identifier les atouts et faiblesses de l’application. Les résultats de cette analyse ont été récemment publiés dans Agronomy.

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Perspectives de développement de petites économies insulaires

Une note de l’Institut d’émission d’outre-mer, en date de juillet 2020, analyse les trajectoires de croissance de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française.

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Urbanisation et « villes-actionnaires » en Inde

Paru en août 2020 sur La vie des idées, un article rend compte de l’ouvrage de l’urbaniste S. Balakrishnan consacré aux « villes-actionnaires » indiennes.

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Des importations européennes de soja brésilien issues de la déforestation illégale

Selon un article publié en juillet dans la revue Science, une part non négligeable des exportations brésiliennes de soja (environ 20 %) et de viande bovine (au moins 17 %), en provenance des biomes de l’Amazonie et du Cerrado vers l’Union européenne, serait liée à de la déforestation illégale.

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L’importance des forêts périurbaines mise en lumière lors du confinement

Une équipe de chercheurs étudiant depuis près d’une année la forêt périurbaine de Kottenforst, près de Bonn (Allemagne), a mesuré l’impact du confinement sur sa fréquentation, entre le 22 mars et le 28 avril 2020, grâce à un compteur infrarouge placé à un nœud de routes forestières au cœur de la zone.

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Les trois fonctions de l’état (Lu pour vous)

Cet article est un classique, surtout pour sa définition des trois fonctions de l'État.La lecture de cette fiche peut être relativement ardue pour les gens non spécialisés en économie. Musgrave Richard A. The Theory of Public Finance, a study in public economy. McGraw-Hill Book Company, 1959, New-York, pp.3 à 27.

On peut reconnaître trois grandes fonctions à l’État : une fonction allocative, une fonction de répartition et une fonction de stabilisation. Pour simplifier l’analyse, Musgrave suppose que les trois fonctions sont assurées de façon indépendante par trois services de l’État qui, chacun, opère en supposant l’optimalité des deux autres fonctions.

Une politique allocative de l’État vise essentiellement à affecter ou réaffecter des ressources dont l’allocation par les mécanismes du marché est jugée non optimale. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces défaillances du marché: existence de barrières institutionnelles à l’entrée, la non mobilité de certains facteurs et procédés de production, l’existence d’externalités, la nature collective de certains risques et de certains biens et l’évaluation biaisée de certains risques privés en raison du facteur temps.

Si toutes les défaillances ne justifient pas toujours une intervention, le cas des biens collectifs mérite une attention particulière. Les biens collectifs peuvent être divisés en biens collectifs purs et biens tutélaires. Une caractéristique fondamentale des biens collectifs purs, à l’opposé des biens privés, est qu’ils sont consommés par tous au même niveau. De ce fait, ils ne peuvent pas faire l’objet du principe d’exclusion par le prix, car les préférences des individus pour ces biens ne sont pas connues et ils peuvent ne pas être incités à les révéler. Pour les mêmes raisons, les firmes ne seront pas incitées à offrir de tels biens. Quand la satisfaction de ces besoins collectifs est importante pour la société, l’État peut alors intervenir pour offrir les biens collectifs qui peuvent satisfaire ces besoins (cas de l’armée). Je parlais de ces problèmes de biens publics et de resquillage dans mon dernier épisode de podcast (en créole).

S01E04-Pouki tout moun pa manifeste? Yon ti bat bouch sou reskiyaj Kreyonomi podcast

Nou antre fon nan sikoloji reskiyè, woulibè ak gratè yo, gade jan sosyete a wè yo e ki koz oswa konsekans konpòtman sa a. Mwen ekri yon biyè blòg sou sa tou, sou kreyonomi.blog — Send in a voice message: https://anchor.fm/kreyonomi/message
  1. S01E04-Pouki tout moun pa manifeste? Yon ti bat bouch sou reskiyaj
  2. S01E03-Dous pou dous? Ekonomi an pratik
  3. S01E02-Kòman dyaspora a ka ede Ayiti?
  4. S01E01-Kisa ekonomi ye?

Sans résoudre complètement le problème de l’élicitation des préférences découlant de la nature même de ces biens, l’Etat semble le mieux placé pour satisfaire au mieux ces besoins collectifs conformément aux préférences des individus. Quant au financement des biens collectifs purs, leur élasticité-revenu peut être un indicateur pour déterminer quel type d’impôt (progressif, régressif ou proportionnel) convient le mieux pour les financer : dégressif si l’élasticité-revenu est inférieure à 1, proportionnelle si elle est proche de l’unité et progressif, sinon.

Le problème des biens tutélaires est tout autre. Réunissant des caractéristiques de biens collectifs purs et de biens privés, ces biens sont estimés être l’objet d’une sous-consommation (compte tenu de leur utilité, future la plupart du temps) ou d’une surconsommation (compte tenu leur désutilité, future la plupart du temps). L’Etat peut alors intervenir en donnant des incitatifs à la consommation des biens dans le premier cas, ou désinciter la consommation dans le second cas (en les taxant fortement, par exemple). L’Etat a donc pour objectif dans ces cas de corriger les préférences des individus pour ces biens, qui deviennent alors des biens tutélaires. La démarche est donc contraire à celle de la fourniture des biens collectifs purs, fondée sur la souveraineté des individus.

Selon la situation, l’État peut alors intervenir de différentes façons. Citons : le réquisitionnement de certains facteurs  ou de certains produits (comme en temps de guerre), la fiscalité (impôts, taxes sur les achats, avantages fiscaux, etc.) ou encore la fourniture de biens collectifs.

La définition de la fonction de répartition de l’Etat apparaît plus difficile dans la mesure où elle réfère à un principe d’équité dont la perception est variable. L’auteur retient, non sans en reconnaître certaines faiblesses, une définition basée sur les ajustements à effectuer dans la distribution de revenus et de richesses, après avoir montré les limites d’autres approches basées sur la recherche d’une égalité de bien-être. En effet, l’approche visant l’égalité des revenus offre l’avantage d’être mesurable, encore que la définition du revenu restera à clarifier. L’approche basée sur la recherche de l’égalité des chances pour tous est sujette à des interprétations subjectives et des difficultés de mise en œuvre efficace.

Des éclaircissements intéressants sont apportés par Bénassy-Quéré et al. (2012, pp. 56-57) sur la question de la répartition. Ils soulignent d’abord qu’a priori  la répartition ne vise pas à rétablir un optimum de Pareto, contrairement aux politiques allocatives. En effet, l’optimum de Pareto est indifférent à la répartition des revenus, deux états différents de la répartition peuvent conduire à un optimum de Pareto. Or certains états de la répartition peuvent être préférés socialement à d’autres en faisant intervenir des considérations sur l’équité. Le rôle de l’État à ce niveau est donc de garantir l’équité sans nuire à l’efficacité. Toutefois, Bénassy-Quéré et al. (2012) montrent que pratiquement une politique visant l’équité peut indirectement affecter l’efficacité (positivement ou négativement). Musgrave aussi relève ce point en mentionnant que le service Répartition peut interagir avec le service Allocation, ce qui selon lui doit être évité dans la mesure du possible. Musgrave souligne aussi la difficulté d’établir une distinction nette entre le mécanisme de financement fiscal du service Allocation et du service Répartition : par exemple, dans les deux cas on peut observer des impôts progressifs ou dégressifs.

Enfin, une troisième fonction de l’Etat selon Musgrave est de contrôler les fluctuations conjoncturelles de l’économie. Cette fonction de stabilisation a donc une portée de court terme. Toutefois, l’enjeu est tel que, si ces fluctuations ne sont pas maitrisées, elles peuvent avoir des effets négatifs de long terme quant au chômage et à l’inflation. Ici encore, Bénassy-Quéré et al. (2012) montrent bien la différence entre ces fonctions et les autres fonctions. Relevant d’une logique similaire à celle de la fonction allocative, mais distincte, la fonction de stabilisation consisterait à réduire les écarts à court terme par rapport à l’équilibre macroéconomique (plein emploi, prix stable) alors que la fonction allocative vise à modifier l’équilibre du marché à long terme dans une perspective plus microéconomique.

Comme leviers d’action, l’Etat peut recourir à une politique fiscale ou à une politique monétaire. En situation de récession, pour stimuler la demande, l’Etat peut accorder augmenter ses propres dépenses pour des biens et services, accorder des paiements de transfert ou réduire les impôts afin d’augmenter les dépenses privées, ou combiner dépenses publiques et stimulation de la demande privée. Inversement, en situation d’inflation ou pour prévenir l’inflation (s’il y a plein emploi dans un contexte d’offre peu élastique), l’Etat relèvera les taux d’imposition afin de réduire le revenu disponible ou fera baisser ses propres dépenses. Mais Musgrave souligne que l’inflation peut être plus difficile à contrôler que la récession si on utilise des taux d’imposition plus élevés qui peuvent avoir pour effet pervers de rendre inefficaces les stimulants au travail (comme le salaire) ou encore créer le soulèvement populaire. Pour la politique monétaire, il peut s’agir de modifier les taux d’intérêt soit pour stimuler les investissements en situation de récession (abaisser les taux).  Dans une telle situation, il arrive aussi que l’Etat se substitue aux acteurs privés en investissant dans les infrastructures et en exécutant de grands projets (Cusin et Benamouzig, 2004, p. 346). Musgrave identifie aussi les politiques de dette et les interventions directes sur le marché du travail pour fixer les salaires comme autant de mesures à la disposition de l’Etat pour lutter contre les fluctuations de l’économie. Mais Musgrave met l’accent sur l’impossibilité d’établir une frontière nette entre politique de la dette et politique monétaire en matière de stabilisation, dans la mesure où l’on ne peut pas pratiquer une politique de la dette sans lui associer une politique monétaire conséquente.


[1] Ce peut être le cas de l’éducation.

[2] Ce peut être le cas de la cigarette, compte tenu des risques pour la santé.

Les errements d’une agriculture unifonctionnelle

Toute agriculture (même productiviste) est multifonctionnelle. Elles assurent toutes des fonctions environnementales ou sociales, en plus de la traditionnelle fonction productive. Cependant, certains modèles peuvent être moins multifonctionnels que d’autres. Ils peuvent même pousser le bouchon jusqu’à presque se réduire à une seule fonction. C’est ce qui est arrivé à l’agriculture dans beaucoup de pays dits développés.

Il faut comprendre que l’émergence de la multifonctionnalité agricole dans les débats et négociations internationales autour de l’agriculture est intimement liée à la contestation, à partir des années 80, non seulement du modèle agricole productiviste mis en place après la seconde guerre mondiale, mais aussi à la remise en question du mode de régulation qui a soutenu le développement de ce modèle.

D’ailleurs, on peut même se demander si ce modèle aurait perduré sans les politiques interventionnistes qui l’ont soutenu dans les pays occidentaux. On ne manquera pas cette occasion de souligner que ce modèle, aujourd’hui contesté sinon décrié (même s’il reste le modèle dominant dans les pays développés et un parangon de succès pour certains leaders au Sud), était jadis plébiscité par les consommateurs. Ceux-ci étaient heureux de pouvoir se nourrir à bas prix, il leur importait peu de savoir si c’était le « juste prix ».

Aujourd’hui, devant l’impasse que représente le manque de durabilité de ce modèle, les consommateurs occidentaux commencent à retourner leur veste. On nous parle de consommation éthique. Le modèle agricole productiviste, capitaliste à outrance a tôt s’accaparer de ce discours vendeur. La révolution écocitoyenne annoncée se conventionnalise.

Ce n’est pas mon intention de vendre la multifonctionnalité comme une panacée – un article récent souligne comment il est facile de la dénaturer pour en faire le nouveau cheval de bataille du dogme de la dérégulation et du néolibéralisme à tout-va. Cependant, je crois qu’il serait bon de regarder tout le potentiel qu’il offre et de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Pour cela, je propose un petit retour sur comment les pays développés en sont arrivés à cette impasse en montrant combien une « perte de multifonctionnalité agricole », comme l’appelle Annie Royer, peut être socialement coûteuse.

Le modèle agricole productiviste

Le modèle agricole productiviste, comme son nom l’indique, vise une productivité accrue, notamment par une mécanisation poussée, l’utilisation de semences améliorées en monoculture (ou de races améliorées, pour l’élevage) et l’usage massif de pesticides et d’engrais chimiques. Selon notre terminologie, on peut dire que c’est une agriculture qui priorise les fonctions productives sur les autres fonctions que l’agriculture est censée remplir. Ce modèle se rapprocherait donc d’une agriculture unifonctionnelle, contrairement au modèle agricole traditionnel de polyculture élevage.

En ce qui concerne la fonction de base qui est la production d’aliments, le modèle productiviste a donné des résultats très satisfaisants dans les pays développés. En plus d’avoir permis de résoudre les problèmes de pénurie au lendemain de la seconde guerre mondiale, il a même permis de dégager des surplus importants pour l’exportation. Mais la gestion et l’écoulement de ces surplus sont devenus difficiles et ceci a même conduit à une guerre de prix entre les États-Unis et l’Europe à partir des années 70. Quant au rôle d’approvisionnement des industries en matières premières, l’agriculture productiviste l’a pleinement rempli. Le modèle productiviste a donc permis à l’agriculture de remplir ses fonctions productives avec une efficacité inégalée.

Dans la suite, je montre cependant que l’agriculture productiviste ne remplit plus certaines des autres fonctions attribuées à l’agriculture et que ceci a eu des conséquences fâcheuses qui ont d’ailleurs conduit à la contestation de ce modèle. Puisqu’un retour à la polyculture élevage n’est ni envisageable ni forcément souhaitable (car ce modèle a également ses limites, notamment en termes de productivité), je propose que la reconnaissance et la promotion de la multifonctionnalité agricole est un bon compromis par rapport au modèle productiviste. Il a l’avantage de ne pas tout faire reposer sur les choix individuels, contrairement au mouvement pour la consommation éthique. L’État a nécessairement un rôle à jouer dans un débat sur la multifonctionnalité sans sacrifier l’efficacité économique et se substituer totalement au marché.

De plus, comme le mode de régulation a contribué à la perte de multifonctionnalité observée dans l’agriculture occidentale, il revient à l’État d’y remédier, de réparer son erreur : le concept de multifonctionnalité apparait alors comme un outil pertinent pour marquer cette transition, sans nécessairement rejeter complètement les autres projets de révolutions (relocalisation de l’agriculture, consommation éthique, digitalisation de l’agriculture, etc.).

Les conséquences de la perte des fonctions sociales de l’agriculture

Le modèle agricole productiviste en remplissant ses fonctions économiques a aussi permis d’assurer les objectifs quantitatifs de sécurité alimentaire. Là où il a moins réussi, c’est dans la garantie de l’innocuité alimentaire. En effet, de nombreuses crises sanitaires ont contribué à miner confiance des consommateurs dans la sûreté du système alimentaire conventionnel. On peut citer, sans s’y limiter: la maladie de la vache folle (plus zuzument appelée encéphalopathie spongiforme bovine), la fièvre aphteuse, la contamination à la dioxine et plus récemment la grippe aviaire qui sont autant de crises sanitaires ayant frappé le modèle productiviste et la grande distribution alimentaire qui va ou vient avec.

Il est quand même paradoxal que ce soit à l’heure où les contrôles sanitaires sont plus stricts que jamais que cette crise de confiance survienne. Mais elle n’est pas non plus sans fondements, vu l’ampleur qu’ont prise les récentes crises de sûreté alimentaire et la difficulté que le système agroalimentaire a eu à enrayer ces crises.

Une autre fonction sociale qu’aurait perdu le modèle agricole productiviste et qui a eu des conséquences fâcheuses est la contribution au maintien de la viabilité des zones rurales et à l’emploi rural. À mesure que l’agriculture se mécanisait, elle est devenue de moins en moins intensive en travail. Beaucoup de travailleurs agricoles ont dû se tourner vers les villes (qui entre-temps s’industrialisaient). La population rurale a fortement décliné. De nouvelles activités se sont certes développées en milieu rural (au point où aujourd’hui l’agriculture n’est plus le premier fournisseur d’emploi rural), mais on ne peut que constater que les problèmes de dévitalisation sont apparus parallèlement à cette réorientation de l’agriculture vers ses fonctions productives.

La concurrence accrue a aussi conduit à la marginalisation de certains agriculteurs, de certaines régions, à la disparition de certains produits de terroir et a soulevé récemment les inquiétudes des consommateurs quant aux mauvais traitements que subissent les animaux dans ce modèle agroindustriel.

Les conséquences de la perte des fonctions environnementales

Les conséquences sur l’environnement sont encore plus évidentes et ont suscité, juste avant l’émergence du concept de multifonctionnalité agricole dans les débats, des inquiétudes à partir des années 80 quant à la durabilité environnementale d’un tel modèle.

Certes, toute production agricole a des effets négatifs sur l’environnement. L’agriculture n’a d’ailleurs rien de naturel, elle a été inventée, même si certains entomologistes nous diront que les fourmis la pratiquaient déjà bien avant nous.

Quoi qu’il en soit, le système de polyculture élevage, étant plus dépendant de l’environnement pour sa reproduction, était parvenu à maintenir des pratiques plus respectueuses de cet environnement (rotations des cultures, utilisation de fumier, etc.).

La possibilité d’utiliser des engrais chimiques a, heureusement ou malheureusement, permis aux agriculteurs de se soustraire à ces contraintes naturelles et de passer à la monoculture (dans une recherche effrénée d’économies d’échelle et de profit). Mais en prélevant cycles après cycles les mêmes éléments nutritifs du sol, la monoculture appauvrit la fertilité du sol à moyen et long terme.

De plus, les cultures devenant plus que jamais sensibles aux maladies et aux pestes à la suite d’une sélection accrue, la lutte se fait dès lors avec un usage massif de pesticides qui occasionnent des rejets dans l’environnement polluant ainsi l’eau et les sols, là où les rotations culturales suffisaient à lutter contre certaines maladies et certaines pestes. On parle alors d’externalités négatives sur l’environnement. J’ai abordé cette question des externalités dans plusieurs billets et aussi dans ce récent épisode de podcast (en créole). J’en profite pour vous inviter à l’écouter si ce n’est déjà fait.

S01E04-Pouki tout moun pa manifeste? Yon ti bat bouch sou reskiyaj Kreyonomi podcast

Nou antre fon nan sikoloji reskiyè, woulibè ak gratè yo, gade jan sosyete a wè yo e ki koz oswa konsekans konpòtman sa a. Mwen ekri yon biyè blòg sou sa tou, sou kreyonomi.blog — Send in a voice message: https://anchor.fm/kreyonomi/message
  1. S01E04-Pouki tout moun pa manifeste? Yon ti bat bouch sou reskiyaj
  2. S01E03-Dous pou dous? Ekonomi an pratik
  3. S01E02-Kòman dyaspora a ka ede Ayiti?
  4. S01E01-Kisa ekonomi ye?

L’agrobiodiversité a considérablement chuté également, car seules les espèces et les races/cultivars les plus productifs étaient reproduits. Aussi, les pratiques culturales extrêmes menacent la biodiversité du sol et du sous-sol.

Et c’est sans oublier la contribution de ce modèle agricole absurde (notamment, l’élevage industriel) au réchauffement d’une planète déjà en surchauffe.

Est-ce bien de cela que Haïti a besoin? Est-ce donc cela le développement dont nous rêvons?